dire pardon

« Dis pardon à ton frère ! »

C’est une phrase qu’on a déjà peut-être tous entendu lorsque nous étions enfant. « Vas lui demander pardon ! », « Tu reviendras quand tu lui auras dit ‘pardon’ ! »…

Mais honnêtement, le « pardon » prononcé de façon bougonne par votre frère, votre sœur, ou votre ami, vous a-t-il fait du bien ? Vous a-t-il soulagé de la blessure commise, de l’offense faite à votre égard ? Moi, personnellement non ! C’est la raison pour laquelle j’ai rapidement essayé de trouver une formule qui ait vraiment du sens quand cela se présentait avec mes enfants.

D’abord, exiger d’un enfant qu’il demande pardon sur le champ, alors qu’il est encore pris dans ses émotions, donne justement le résultat d’un « pardon » prononcé du bout des lèvres et de façon abrupte. Il ne sera pas empreint de regrets puisque l’enfant est dans ses émotions de colère, de revendication, d’agressivité…..

Mettons-nous à sa place, arrivons-nous à demander pardon ou nous excuser alors que nous sommes dans la tourmente de la colère par exemple ? Nous avons d’abord besoin de prendre l’air un peu et attendre que la tension baisse avant d’y voir plus clair.

Pour les enfants, c’est la même chose, mais c’est encore plus prononcé car leur développement cérébral, qui permet de contrôler les émotions et les comportements, n’est pas encore arrivé à maturité. Alors demander à un enfant en colère de demander pardon sur le champ de façon correcte et sincère est quasi impossible !

Ensuite, demander pardon, juste en prononçant le mot, peut paraître un  peu facile dans certaines situations. On dit ‘pardon’ et puis on peut recommencer son comportement demain de la même façon ? Non, certains comportements et situations sont blessants et cela demande plus qu’un simple mot d’excuse, « pardon ». On ne peut balayer la situation embarrassante d’un revers de main et d’un simple mot dit rapidement dans le feu de l’action. A la longue, les situations comme cela s’accumulent et empoisonnent les relations. On peut garder ces tensions non résolues pendant des années !

J’ai beaucoup réfléchi à cela et je me suis demandée ce qui pouvait vraiment alléger, au moins un peu, la souffrance commise.  Ce qui fait vraiment du bien, même si on ne peut réparer le jouet cassé, réparer la bosse faite avec le bâton, réparer la blessure faite par des mots cassants… c’est de reconnaître la blessure explicitement. C’est très exigeant mais c’est la voie du cœur :

« Je me rends compte que je t’ai blessé en disant (ou en faisant) …l’autre jour, hier, tout à l’heure… », « Je ne voulais pas te faire mal comme cela… », « Je ne pensais pas que cela te blesserait autant… », « Je vois que je t’ai fait mal en disant … »…. et après cela, le mot « pardon » vient comme la cerise sur le gâteau, c’est presque du « bonus ». Il en découle naturellement.  Mais c’est seulement à ce moment-là qu’il prend tout son sens et est vraiment vécu.

Et cela ne peut se faire qu’au rythme de l’enfant, que lorsque l’enfant se sent prêt, une fois que les émotions sont retombées. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’enfant peut alors faire ce processus intérieur de raison, de  compréhension, de recul.  Au début, il faut l’aider avec doigté à mettre les mots.

C’est un chemin exigeant mais empreint d’humilité et d’empathie. C’est aussi ce que nous souhaitons transmettre à nos enfants…

3 réponses
  1. marie-valentine
    marie-valentine dit :

    bonjour aude,
    je viens de découvrir ton article que je trouve vraiment intéressant et j’ai bien envie d’essayer mais du coup par quoi faut-il remplacer le « dis pardon à ton frère » au moment de l’action?? Que faut-il dire au grand frère (4ans) qui vient de taper son petit frère (2ans) ou qui vient de le renverser pour lui piquer son tricycle?… ou ne peut pas laisser faire et attendre sans rien dire qu’il soit prêt à demander pardon? surtout lorsque cela arrive 10x par jour!!
    merci pour ta réponse!

    Répondre
    • Aude de Vathaire
      Aude de Vathaire dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire! Je comprends tout à fait ces situations…
      Là on est aussi dans le « chapitre » frères et sœurs. Quand c’est la bataille, en règle générale, s’occuper de celui qui est « attaqué ». Le fait de porter notre attention sur celui qui est la « victime », permet de dégager l’autre de notre regard qui juge et qui va encore plus l’inciter à recommencer.
      Il sait que taper ce n’est pas bien, tu lui dis sûrement de temps en temps! Mais à cet âge là, il n’est pas en mesure de maîtriser totalement ses élans de colère. (Déjà pour nous adultes, nous maitriser face à ces disputes et comportements assommants toute la journée, c’est difficile!…
      Alors, lui qui n’a que 4ans, c’est quasi impossible, c’est physiologique. cf dans la catégorie « ressources », le livre du Dr Catherine Gueuguen.) Donc s’emporter contre ces tout jeunes enfants, ne sert pas à grand chose, à part les énerver encore plus, les mettre en insécurité, (papa ou maman qui se fâche, ça fait toujours un peu peur, l’estime de soi en prend un coup!), nous pomper notre énergie, et nous faire douter de notre capacité à faire face…
      Plus facile à dire qu’à faire, rester zen, le plus possible. Dire ce qu’il y a à dire mais sans punir (cela fait le contraire de ce que l’on souhaite), et agir dans une fermeté aimante, c’est-à-dire retirer l’objet de convoitise, séparer, changer de sujet, sortir, prendre un bain, boire un verre d’eau…
      Et quand les tensions sont apaisées, à quatre ans, on peut comprendre certaines choses, juste reparler de l’incident de façon très détendue sans le gronder. Cela paraît paradoxal! mais si l’enfant est assuré de ton amour pour lui quelque soit ce qu’il fait, il aura moins besoin d’être énervé et d’aller asticoter son petit frère. tu peux lire l’article Finalement, après quoi courrons-nous?

      Donc concrètement lui dire par ex: « Tu étais très en colère contre lui tout à l’heure. Ca t’agace qu’il joue avec toi, prenne tes jouets, t’embête,…je comprends, ça peut être très énervant. Tu as le droit d’être en colère. Tu peux le dire à ton frère (l’imiter et dire des phrases pour lui donner des exemples) mais tu ne peux pas le taper ou lui faire mal, ça c’est interdit. La prochaine fois qu’il t’énerves, dis-le moi avant, et je t’aiderai à lui dire comment tu te sens… »
      Demander un petit geste de réparation: « Qu’est-ce que tu peux faire pour réparer tout ça? est-ce que tu peux aller lui faire un calin? Est-ce que tu préfères lui dire pardon dans l’oreille? Est-ce que tu veux lui faire un dessin pour lui dire que tu es désolé? … » Voici une piste possible…mais il est encore petit, cela ne va pas être possible à chaque fois.

      Se rappeler d’une chose, l’amour appelle l’amour; la punition et les remarques blessantes n’ont jamais aidé à cultiver l’amour pour les autres…au contraire. J’espère que ça te convient! Essaye et dis-moi!
      Aude
      tu peux lire l’article Finalement, après quoi courrons-nous?

      Répondre

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