Situation embarrassante classique…

Voici un extrait du livre Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent, où Stephen Covey relate une délicate expérience avec sa fille de 3 ans. On s’y croirait…

Même si vous avez dépassé ces situations avec de jeunes enfants, je vous invite à lire ce texte qui fait réfléchir sur le regard des autres, notre ajustement vis-à-vis de notre enfant, la façon d’aller à l’essentiel…

« Je rentrai chez moi pour le goûter d’anniversaire de ma fille qui fêtait ses trois ans. Je la trouvai retranchée dans un coin du salon, serrant contre elle tous ses cadeaux et refusant de laisser les autres enfants s’amuser avec ses nouveaux jouets. En rentrant, je remarquai quelques parents qui observaient ce spectacle affligeant. Je fus doublement gêné, car je donnais précisément des cours à l’université sur les relations humaines. Je savais ce qu’attendaient de moi ces parents, ou du moins, j’avais l’impression qu’ils attendaient quelque chose de moi.

Dans la pièce, l’atmosphère était tendue : les enfants entouraient ma petite fille, brûlant d’envie de jouer avec les cadeaux qu’ils avaient apportés. Je pensais en moi-même qu’il fallait que j’apprenne à ma fille à partager. La valeur du partage est l’une de celles qui me tiennent le plus à cœur. J’essayai donc d’abord de lui demander gentiment :  « Est-ce que tu veux bien partager avec tes amis les jouets que l’on vient de t’offrir ? » Elle répondit sèchement : « Non ! »

Ma deuxième tentative en appela à la raison : « Si tu apprends à partager tes jouets avec eux, lorsqu’ils viennent te voir, ils te laisseront jouer avec les leurs lorsque toi, tu iras chez eux. » La réponse fit encore immédiate : « Non ! »

J’étais de plus en plus gêné. Je n’avais, de toute évidence aucune influence. La troisième tentative releva du chantage : « Si tu partages, j’ai une surprise pour toi, un bonbon. » Elle explosa de colère : « Je ne veux pas de bonbon ! »Je commençais à m’énerver et, dans une dernière tentative, employa la menace : « Si tu ne partages pas, ça va mal aller. »

« Je m’en fiche, cria-t-elle, ces jouets sont à moi. Je ne veux pas partager. »

J’eus finalement recours à la force ; je pris une partie des jouets et les distribuai aux enfants.

Or, ma fille avait peut-être besoin de savoir ce que « posséder » signifiait avant de pouvoir donner (comment puis-je donner quelque chose si je ne possède rien ?). Elle avait besoin que moi, son père, je lui apporte cette expérience en montrant des sentiments d’une maturité supérieure. Mais à ce moment-là, j’attachais plus d’importance à l’opinion des parents présents qu’au développement de ma fille et à mes relations avec elle. J’avais jugé dès le départ que j’avais raison, qu’elle devait partager et qu’elle avait tort de ne pas le faire.

Peut-être avais-je placé la barre aussi haut parce que je me trouvais, sur ma propre échelle, à un niveau trop bas. Incapable de lui offrir ma patience et ma compréhension, j’avais cherché à compenser mes lacunes et profité du pouvoir que me procurait ma position ; je l’avais forcée à faire ce que je voulais.

Mais, recourir à ce pouvoir avait provoqué des faiblesses. Pour moi d’abord, en renforçant ma dépendance vis-à-vis d’éléments extérieurs. Pour ma fille, puisque j’avais courcircuité le développement de son indépendance et de son autodiscipline. Et enfin pour nos relations, puisque la peur est venue remplacer la coopération.

Avec plus de maturité, j’aurais pu m’en remettre à ma force intrinsèque (ma compréhension du partage et de l’évolution d’un enfant, ma capacité à aimer, à éduquer) et j’aurais pu laisser ma fille choisir librement si elle désirait ou non partager. Après avoir essayé de la raisonner, j’aurais pu attirer l’attention des enfants sur un autre jeu et réduire ainsi les pressions qui pesaient sur elle. J’ai, par la suite, appris qu’une fois qu’ils ont compris la valeur de la possession, les enfants partagent naturellement, librement, spontanément.

Mon expérience me dit qu’il y a un temps pour enseigner et un temps pour ne pas enseigner. Quand les relations sont tendues, toute tentative d’enseignement est souvent perçue comme une forme de jugement et de rejet. Prendre l’enfant à part dans des moments de détente et discuter avec lui de certaines valeurs a souvent un impact beaucoup plus grand.

Sans doute faut-il d’abord éprouver la sensation de posséder pour avoir envie de partager. Beaucoup d’individus qui donnent machinalement ou refusent, au contraire, de donner et de partager n’ont peut-être encore jamais ressenti leur propre identité, leur propre valeur. Aider nos enfants à grandir, c’est sans doute disposer d’assez de patience pour les laisser faire connaissance avec le sentiment de possession, et d’assez de sagesse pour leur enseigner la valeur du partage en leur donnant nous-même l’exemple. »

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