Enfant précoce : faut-il sauter une classe?

Si vous vous posez la question de savoir si votre enfant doit sauter une classe, c’est qu’il s’ennuie en classe… Il devient soit insupportable, soit malheureux ou désabusé… enfant précoce?

Je vous partage quelques réflexions à ce sujet dans cette vidéo forte de mon expérience personnelle ( j’ai 4 enfants et j’ai été concernée par ce sujet) et professionnelle (j’ai accompagné des enfants et des parents pendant longtemps).

L’enfant est naturellement enclin à apprendre

L’enfant est naturellement enclin à apprendre quand il est dans un environnement porteur:

  • une famille éveillée, attentive, communicante, sécurisante…
  • pas trop de stress et de peurs véhiculées…
  • pas de pression de la part des parents qui vivent par procuration au travers de leur enfant…
  • climat serein, ouvert, dynamique, curieux, enrichissant…
  • de la joie de vivre, de la décontraction et un esprit de foi envers la vie…

Quand on parle « d’enfant précoce », globalement, tous les enfants devraient l’être d’une certaine façon! Nous faisons ‘tout un foin’ de cette précocité, mais en realité, si on répond aux besoins de l’enfant (ils sont multiples et vont au-delà du visible), pour moi, un enfant est naturellement précoce, ouvert, curieux… (Je vous invite à lire : Les Lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez, qui explique de manière limpide les grands principes scientifiques qui sous-tendent l’apprentissage et l’épanouissement de l’enfant à travers son expérience d’enseignante: « L’enfant naît cablé pour apprendre et pour aimer. »)

Attention, et je ne ménage pas notre égo de parent, cette histoire de « précocité » nourrit notre égo : « mon fils, ma fille, n’est pas comme tous les autres, il est ‘précoce’… intelligent …  »

Pardon d’être aussi directe! Mais c’est une réalité! Attention à notre égo… Nous pouvons être fiers de nos enfants bien-sûr et c’est bien normal, mais dans certains cas, sachons discerner si ce n’est pas notre égo qui se met en travers de notre route! L’enfant ne doit pas servir nos intérêts d’égo…

Soyons humbles, et comprenons que notre enfant n’est pas mieux ou moins que les autres. Il EST et il a tout en lui pour réussir SA vie.

Si notre enfant ne fait pas partie de cette ‘catégorie’ ‘précoce’ car il a des difficultés particulières, beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte. Et le plus souvent ils sont inconscients et peuvent se situer à des niveaux variés et parfois bien plus profonds qu’on ne le croit (il faut aller voir du côté des peurs, stress, du système familial, psychogénéalogie, équilibre de vie, fausses croyances, mode d’éducation…).

Et ne lui mettons pas l’étiquette inverse: « a des difficultés ». N’enfermons pas notre enfant dans une catégorie ou dans une autre : ‘précoce’ ou ‘a des difficultés’. En faisant cela nous mettons un jugement de valeur. C’est invraissemblable! Un enfant est un enfant. C’est une personne. Point.

Il ne rentre pas dans le cadre précis qu’est l’école, peut-être, (et heureusement! nous ne sommes pas des clones…), mais cela ne l’empêchera pas de donner du sens à sa vie plus tard et de se faufiler dans la vie avec joie, si on lui permet de développer son plein potentiel.

Nos enfants ne nous appartiennent pas, rappelons-nous cela; ils nous sont confiés par la vie pour que nous les aidions à accoucher d’eux-mêmes, pour qu’ils deviennent qui ils sont au plus profond d’eux. « Deviens qui tu es » c’est-à-dire cet être illimité et sacré dont nous avons l’honneur, nous parents, de guider hors du nid vers la Vie.

A l’école, l’enfant s’ennuie

A l’école, il s’ennuie, il n’est pas assez nourri… Il devient alors insupportable, insolent à la maison ou en classe. Ou bien il est désabusé, déprimé; il se renferme. Certains enfants ont des difficultés pour travailler et ont de mauvaises notes. Comme tout était toujours très facile, arrivé au lycée, l’enfant ne sait pas travailler. Cela passe dans les petites classes, mais plus on grandit, il faut quand même fournir un minimum de travail, et c’est là que les choses peuvent se révéler difficiles…

Une mère me disait un jour : »On leur a vendu du rêve pour qu’ils aiment l’école et maintenant, ils sont dégoûtés, décus… »

Mais pourquoi vendre du rêve? Pourquoi promettre monts et merveilles alors que ce n’est pas la réalité?

N’attendons pas de l’école plus que ce qu’elle délivre véritablement aujourd’hui

A l’école, tout n’est pas rose, nous le savons, nous aussi nous sommes passés par là! Pourquoi raconter des histoires aux enfants?

Il ne faut pas attendre de l’école plus que ce qu’elle délivre aujourd’hui, soyons réalistes! Il y a les bons professeurs et les moins bons; il y a ceux qui aiment leur métier et ceux pour qui c’est un calvaire; il y a ceux qui sont dévoués et ceux qui s’en fichent; ceux qui encouragent, et ceux qui rabaissent…. C’est cela la réalité, c’est la Vie.

Qu’est qu’on apprend à l’école?

  • la vie en communauté,
  • à vivre selon des règles,
  • à se faire des amis,
  • des méthodes, une rigeur, (introduction, développement, conclusion), (répondre à la question posée)…
  • à se concentrer, (écrire un paragraphe…)
  • à s’exprimer devant les autres
  • on apprend des connaissances (c’est très variable selon les professeurs, les programmes et les différentes écoles)

En fait, à l’école, on apprend une sorte de formation d’esprit et d’être pour pouvoir ensuite gérer les informations dans la vraie vie, à l’extérieur de l’école. Céline Alvarez dit dans son livre Les Lois naturelles de l’enfant : « Le matériel n’offre pas le contenu à l’enfant, il offre l’ordre pour ce contenu. » C’est-à-dire qu’à l’école, l’enfant apprend des façons d’ordonner, de présenter, de synthétiser, d’analyser qui vont lui servir pour faire tout cela dans la ‘vraie vie’. Il apprend quelques notions pour ordonner et gérer le contenu qu’il trouve à l’éxtérieur de l’école.

Si vous trouvez que votre enfant n’est pas assez nourri à l’école, c’est fort probable. C’est une réalité qu’il ne faut pas nier. Il en est ainsi. L’école ne peut pas tout faire.

C’est à l’extérieur de l’école qu’il faut nourrir notre enfant, et c’est à nous, parents d’en prendre la responsabilité.

Attention! Il ne s’agit pas de l’inscrire à mille et unes activités extra-scolaires! Cela n’a rien à voir. Ce serait encore déléguer l’éducation qui nous revient. Bien-sûr, certaines activités sont très bonnes, mais ne croyons pas que c’est en multipliant les activités que nous allons combler ce manque d’expériences et d’apprentissages. Inscrire son enfant à de multiples activités n’est pas LA solution. Nous avons notre part, et une part importante. Nous devons créer un environnement favorable et insuffler un élan vers la vie.

Il s’agit de cultiver une éducation ouverte sur le monde, un état d’esprit d’analyse et de synthèse. Ayons des conversations construites et qui durent, et évitons le ‘zapping’ permanent de notre époque où nous prenons cette habitude de cliquer de façon frénétique sur nos écrans. Arrêtons de gérer les choses en permanence en changeant de sujet toutes les minutes. Laissons tomber de temps en temps ce souci d’efficacité, et prenons le temps d’être avec nos enfants, prenons le temps de réfléchir ensemble, de laisser émerger des idées, des émotions…

C’est en vivant les choses de l’intérieur que nous montrons un exemple vécu et cohérent. Et c’est cela qui construit l’enfant plus que tout.

Créons pour nos enfants un environnement porteur et surtout cohérent

Créons un environnement porteur et surtout cohérent. Nous souhaitons que notre enfant aime la lecture; lisons-nous? Nous souhaitons que notre enfant s’intéresse à de multiples choses; partageons-nous notre curiosité?

Nous souhaitons qu’il puisse réfléchir par lui-même; autorisons-nous et suscitons-nous la réflexion? Si toutes nos conversations qui portent sur la politique par exemple, ne se résument qu’à des conclusions toutes faites, comment apprendre à notre enfant à réfléchir? Nous devons partager nos questionnements, nos cheminements logiques, analytiques pour lui montrer sur quoi est construit notre idée.

Si nous souhaitons que notre enfant arrête d’être collé à l’écran du téléphone ou de la tablette, comment gérons-nous cette tentation des technologies pour nous-même? Nous voulons qu’il soit respectueux envers nous, mais est-ce que nous levons les yeux de notre écran (marque minimum de respect envers toute personne) pour le regarder dans les yeux quand il nous parle?

Est-ce que nous réfléchissons ensemble sur tous les sujets, sans tabou?

Si nous voulons que notre enfant s’ouvre au monde, ne lui offrons pas de jeux vidéos… c’est absolument contradictoire! Prenons conscience de cela.

Tout cela est exigeant bien-sûr. Mais on ne nous a jamais dit qu’élever un enfant était de tout repos ou chose facile! C’est une école de vie pour nous!

Tenir compte de la maturité de l’enfant

Maturité intellectuelle, créative, scolaire ne signifie pas obligatoirement maturité affective, psychologique, humaine. Ce sont deux aspects différents et qui peuvent être décalés dans le temps. C’est un point très important à souligner.

Lorsque nous sommes face à la question de l’enfant précoce, l’enfant est en général très jeune et nous parents aussi. Nous pouvons très bien observer une maturité certaine chez ce petit enfant. Mais avec l’adolescence, le fossé entre la compréhension intellectuelle et la maturité affective peut se creuser. Et c’est ce que nous ne voyons pas en tant que parent, puisque l’enfant est encore tout petit et que nous n’en sommes qu’au début de notre vie de parent

Dans le processus de développement d’un enfant, même d’un adolescent, six mois ou un an est très significatif en termes de maturité, surtout quand il s’agit en terminale de faire ses choix d’orientation. Six mois de plus ou un an de plus ne sont pas de trop! Et cet aspect-là n’est pas considéré puisque la question du saut de classe se fait en général dans les premières années d’école. Et cela semble bien loin pour les parents.

J’attire votre attention sur ce point, car avec mon recul de mère et de thérapeute, je trouve qu’il est important de laisser l’enfant dans sa tranche d’âge pour qu’il ne soit pas trop en décalage avec ses amis et qu’il ait suffisament de maturité pour le lycée et le démarage dans la vie, car ça c’est important. Bien-sûr pour ceux qui sont de janvier, cela se discute et si en plus c’est une fille, elle sera peut-être plus mûre pour suivre les autres plus agés. Si vraiment on est face à un problème majeur, changer d’école peut être une autre solution. (Bien-sûr, il y a toujours des exceptions, des cas de figure particuliers… ne soyons pas bornés!)

De façon générale, je ne suis pas très favorable à un saut de classe.

On ne résout pas une précocité avec un saut de classe pensant que son enfant sera plus correctement nourri. Pour moi ce n’est pas la solution. Ouvrons d’abord nos yeux, notre coeur à la Vie, à tout ce qui nous entoure et tout ce qui nous touche pour le partager à nos enfants.

N’attendons pas plus de l’école que ce qu’elle offre aujourd’hui, avec ses forces et ses faiblesses.

A travers cette expérience de vie qu’est l’école, soutenons nos enfants, accueillons. Apprenons leur la patience, le recul. N’ayons pas peur des passages à vide, des moments difficiles. Les moments de solitude, de désert amicaux, puis les moments de plénitude, d’équilibre avec les amis. Tout cela passe, va et vient. Tout cela nous construit. Laissons notre enfant dans sa tranche d’âge et nourrissons-le autrement à la maison, dans la vraie vie.

2 réponses
  1. Elisabeth
    Elisabeth dit :

    Bonjour Aude,
    Merci, merci, merci.Vous avez mis les mots justes sur ce que je percevais chez nous.5 enfants entre 20 et 10 ans dont les 3 derniers sont passés plus vite que prévu dans la classe supérieure…car petite école de campagne où la plus part sont peu nourris par l’extérieur donc les maitresses ne savaient comment canaliser autrement ceux qui avaient besoin d’un peu plus.Arrivé en 1ère l’un de nos enfants a du vraiment s’atteler au travail et ce fut difficile de l’admettre; personne ne comprenait…et les choix d’orientation ne sont pas simples car la maturité humaine qui permet de se projeter dans l’avenir n’est pas encore tout à fait là…Avec du recul je ne suis pas certaine que j’accepterai à nouveau.bonne journée

    Répondre
    • Aude de Vathaire
      Aude de Vathaire dit :

      Merci beaucoup pour votre commentaire! Ce que vous me décrivez est tout à fait classique comme cas de figure… Quand la question s’est posée pour mon fils aîné, cela ne s’est finalement pas fait. Je vous dis tout honnêtement, qu’à l’époque, j’étais un peu déçue (sans doute mon égo…). Mais rapidement, j’ai compris. Ce fut une leçon pour moi. Cela m’a fait beaucoup réfléchir.
      Et comme j’arrivais tout juste de l’étranger, j’ai également suivi le mouvement d’inscrire mes enfants dans des activités extra-scolaires (tout nouveau pour moi et ancré dans les habitudes en France). Puis arrivée à la Toussaint, je m’essoufflais un peu avec tous les accompagnements et mes filles me demandaient le mercredi de jouer tout simplement à la maison… Alors j’ai pris conscience de la réalité de ce schéma (beaucoup d’énergie dépensée pour un apport peu nourrissant) j’ai tout arrêté et gardé le stricte minimum. Simplifier pour se recentrer sur l’essentiel. Et j’ai découvert à quel point, nous parents, pouvons ouvrir le champ d’action pour nos enfants, et à quel point nous en avions la responsabilité. Et quelle joie d’aller sur ce chemin d’échanges et de découvertes. Un véritable apprentissage pour les enfants bien-sûr, mais aussi pour nous parents!
      Chaleureusement, Aude

      Répondre

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